Quelle eau pour une pompe à chaleur ? Ce que change (et ne change pas) la SICC BT 102-01

En bref

Une pompe à chaleur est, du point de vue de l'eau, un circuit de chauffage comme un autre : la directive suisse SICC BT 102-01 s'y applique intégralement, et l'eau doit être remplie déminéralisée (dureté < 0,1 mmol/l, conductivité < 100 µS/cm). Deux spécificités méritent l'attention : beaucoup de PAC ont un échangeur en aluminium, qui impose un pH de circulation ≤ 8,5 ; et il ne faut jamais confondre l'eau de chauffage (côté bâtiment, SICC) avec le fluide de la sonde géothermique (eau + antigel, circuit séparé). Aux passages très fins d'un échangeur de PAC, quelques millimètres de boues suffisent à faire chuter le rendement : eau conforme et filtre magnétique ne sont pas optionnels.

Une PAC, c'est aussi un circuit de chauffage

On associe volontiers la qualité de l'eau aux chaudières, et l'on oublie que la pompe à chaleur chauffe elle aussi un circuit d'eau fermé : accumulateur tampon, plancher chauffant ou radiateurs, circulateur. Ce circuit est soumis aux mêmes phénomènes qu'une installation classique — tartre, corrosion, boues de magnétite — et à la même directive : la SICC BT 102-01 couvre explicitement les installations de chauffage et de refroidissement, donc les pompes à chaleur, y compris réversibles.

Concrètement, l'eau de remplissage et d'appoint d'une PAC doit respecter les mêmes exigences que celle d'une chaudière :

Exigences pour l'eau de remplissage et d'appoint d'une pompe à chaleur (directive SICC BT 102-01).
ParamètreValeur exigée
Dureté totale< 0,1 mmol/l (≈ 1 °fH)
Conductivité électrique< 100 µS/cm
Valeur du pH (remplissage)6,0 à 8,5

Ces valeurs ne s'obtiennent qu'avec une eau déminéralisée. Le détail des valeurs, du calendrier de contrôle et des responsabilités figure dans notre article dédié à la directive SICC BT 102-01 ; cette page se concentre sur ce qui est propre aux pompes à chaleur.

La spécificité aluminium : le pH sous surveillance

La grande particularité des pompes à chaleur, c'est le matériau de leur échangeur. Pour des raisons de compacité et d'échange thermique, beaucoup de PAC — notamment air/eau — utilisent des alliages d'aluminium. Or l'aluminium a un talon d'Achille : il se corrode lorsque l'eau devient trop alcaline.

Après un remplissage à l'eau déminéralisée, le pH de l'eau de circulation monte naturellement vers la plage alcaline en quelques semaines (alcalinisation propre). Sur une installation classique, on tolère jusqu'à pH 10,0. En présence d'aluminium, la SICC BT 102-01 plafonne ce pH à 8,5 — et certains fabricants imposent une fenêtre encore plus étroite. C'est pourquoi une PAC ne se conditionne pas « à l'aveugle » : toute correction de pH doit tenir compte de l'aluminium et n'utiliser que des agents anorganiques compatibles.

pH recommandé pour l'eau de circulation selon le matériau, d'après la directive SICC BT 102-01.
Matériaux du circuitpH recommandé (circulation)
Acier, cuivre, laiton (sans aluminium)8,2 à 10,0
Avec alliages d'aluminium (fréquent sur PAC)8,2 à 8,5

La conséquence pratique est simple : sur une PAC, on mesure et on documente le pH, on ne se contente pas de « faire le plein ».

Ne pas confondre eau de chauffage et sonde géothermique

C'est la confusion la plus fréquente sur les pompes à chaleur géothermiques (sol/eau). Il y a en réalité deux circuits totalement distincts :

  • Le circuit de chauffage (côté bâtiment) : eau qui alimente le plancher chauffant, les radiateurs et l'accumulateur. C'est lui qui suit la SICC BT 102-01 et se remplit à l'eau déminéralisée.
  • Le circuit de la sonde géothermique (côté source, enterré) : un mélange d'eau et d'antigel (glycol) qui capte la chaleur du sol. Ce circuit ne se remplit pas à l'eau déminéralisée ; il suit les prescriptions du fabricant de la sonde et du fluide caloporteur, avec un contrôle du taux d'antigel et du point de gel.

Le piège classique : compléter le mauvais circuit lors d'un appoint, ou verser de l'antigel dans le circuit de chauffage. En cas de doute, on identifie chaque circuit et son point de remplissage avant toute intervention — c'est précisément ce que nous vérifions et documentons.

Remplir et protéger une PAC correctement

La marche à suivre reprend celle d'une installation de chauffage, avec la vigilance aluminium en plus :

  1. Rincer abondamment l'installation neuve, ou désembouer une installation existante chargée avant tout remplissage.
  2. Remplir à l'eau déminéralisée (cartouche de déminéralisation pour une villa, osmose inverse pour les grands volumes).
  3. Poser un filtre magnétique sur le retour, juste avant la PAC : il capte la magnétite avant qu'elle n'atteigne l'échangeur.
  4. Contrôler le maintien de pression (vase d'expansion) : un vase fatigué aspire de l'air à chaque cycle, et l'oxygène est le moteur de la corrosion.
  5. Mesurer et consigner pH, conductivité et dureté — en surveillant le pH pour l'aluminium — puis remettre les valeurs au propriétaire.

Basse température : un faux sentiment de sécurité

Une pompe à chaleur travaille avec des températures de départ basses (souvent 30 à 40 °C) et de faibles écarts de température. On en déduit parfois que la qualité de l'eau importe moins. C'est l'inverse. La corrosion est certes un peu plus lente à basse température, mais les échangeurs de PAC ont des sections de passage très fines : ils sont bien plus sensibles aux dépôts qu'une vieille chaudière en fonte. Quelques millimètres de boues, une couche de tartre sur l'échangeur, et c'est le rendement — donc la facture d'électricité — qui grimpe, voire la mise en défaut de l'appareil.

Autrement dit : une PAC pardonne moins une eau non conforme qu'une chaudière ancienne, pas davantage.

Garantie fabricant : la qualité d'eau au cœur du contrat

Comme pour les chaudières, les fabricants de pompes à chaleur les plus posés en Suisse conditionnent leur garantie à la qualité de l'eau et renvoient, selon les cas, à la SICC BT 102-01 ou à la directive allemande VDI 2035. Nous détaillons ces exigences, tableau de dureté par puissance à l'appui, dans la section fabricants de notre article sur la SICC BT 102-01. Le principe reste le même : une eau conforme à la SICC satisfait ces notices, et c'est le procès-verbal des valeurs mesurées qui vous protège en cas de discussion de garantie.

Bon à savoir : le remplacement d'un ancien chauffage par une pompe à chaleur est souvent soutenu financièrement par les cantons (Programme Bâtiments). C'est aussi le moment idéal pour repartir sur une eau conforme dès le premier remplissage — nous en parlons dans notre article sur la SICC BT 102-01.

Questions fréquentes

Une pompe à chaleur a-t-elle besoin d'eau déminéralisée comme une chaudière ?

Oui. La SICC BT 102-01 couvre les installations de chauffage et de refroidissement, PAC comprises. L'eau du circuit de chauffage doit être remplie à l'eau déminéralisée (dureté < 0,1 mmol/l, conductivité < 100 µS/cm), et c'est une condition de garantie de la plupart des fabricants.

Pourquoi le pH est-il si important sur une pompe à chaleur ?

Beaucoup de PAC ont un échangeur en alliage d'aluminium, qui se corrode si l'eau devient trop alcaline. La SICC plafonne alors le pH de circulation à 8,5 (au lieu de 10,0). Certains fabricants imposent une plage plus étroite : leur valeur prime.

L'eau de chauffage et le fluide de la sonde géothermique, est-ce pareil ?

Non. L'eau de chauffage (côté bâtiment) suit la SICC BT 102-01 et se remplit à l'eau déminéralisée. Le fluide de la sonde géothermique est un mélange d'eau et d'antigel (glycol), dans un circuit enterré séparé, qui suit les prescriptions du fabricant de la sonde. Il ne faut jamais les confondre lors d'un appoint.

Ma PAC est en basse température : le risque de boues est-il moindre ?

La corrosion est un peu plus lente, mais les échangeurs de PAC, aux passages fins, tolèrent très mal les dépôts. Quelques millimètres de boues suffisent à dégrader le rendement. Eau conforme et filtre magnétique restent indispensables.

Puis-je faire l'appoint de ma PAC avec l'eau du robinet ?

Non. Remplissage et appoint doivent respecter la SICC (moins de 100 µS/cm, moins de 0,1 mmol/l), donc se faire à l'eau déminéralisée. Chaque appoint à l'eau du robinet réintroduit calcaire, sels et oxygène, et doit être consigné dans le manuel de l'installation.

Une pompe à chaleur, une eau conforme et documentée

TIMHydro remplit et entretient l'eau de votre pompe à chaleur selon la SICC BT 102-01 — déminéralisation, contrôle du pH pour les échangeurs en aluminium, pose de filtre magnétique et procès-verbal des valeurs. Interventions dans les cantons de Fribourg, Vaud, Valais, Genève, Neuchâtel et Jura.

Sources et références

  • Directive SICC BT 102-01 « Qualité de l'eau dans les installations techniques du bâtiment », SICC/SWKI, en vigueur depuis le 1er avril 2012 — shop.swki.ch
  • Notice technique suissetec « Qualité de l'eau de remplissage et d'appoint dans les installations de chauffage et de refroidissement », novembre 2023 — merkblatt.suissetec.ch
  • Instructions de montage et de service du fabricant de la pompe à chaleur (chapitre « qualité de l'eau » / « Wasserbeschaffenheit ») — à consulter pour les valeurs de pH et les additifs autorisés